Le Maroc ambitionne de devenir un leader régional dans l"industrie ferroviaire, mais cette stratégie repose-t-elle sur des bases solides et bénéfiques à long terme pour l"économie et la jeunesse marocaine ?

Le Royaume chérifien a annoncé un projet ambitieux visant à exporter des wagons ferroviaires vers l"Europe et l"Afrique d"ici 2040. Une stratégie inscrite dans un plan d"investissement colossal de 400 milliards de dirhams, censé moderniser le réseau ferroviaire national et positionner le pays comme un acteur incontournable du secteur. Toutefois, cette approche suscite des interrogations sur la pertinence de la politique industrielle adoptée, qui semble davantage s"appuyer sur l"attractivité économique pour les multinationales que sur le développement des compétences locales.

L"accent mis sur l"implantation d"entreprises étrangères au Maroc soulève des questions quant aux bénéfices réels pour le tissu économique national. En offrant des avantages fiscaux attractifs et des terrains à coût réduit, le Maroc facilite l"installation de grands groupes internationaux, mais au détriment d"une stratégie industrielle autonome et durable. Plutôt que d"investir massivement dans la formation et le savoir-faire de la jeunesse marocaine, les décideurs semblent préférer une solution immédiate et à faible risque pour attirer les investisseurs étrangers.

Le modèle actuel favorise une logique d"application plutôt que d"innovation. La conception et l"intelligence des projets ferroviaires restent souvent aux mains des sièges des sociétés mères à l"étranger, tandis que la production et l"exécution se limitent aux aspects techniques sur le sol marocain. Ce choix limite la création d"emplois hautement qualifiés et réduit la nécessité d"une éducation scientifique et technique avancée, nuisant ainsi à long terme au système éducatif du pays. En effet, pourquoi investir dans des disciplines complexes si la demande du marché local ne l"exige pas ?

Si les projections chiffrées sont alléchantes avec la promesse de créer près de 300 000 emplois et de relier 43 villes au réseau ferroviaire, la question de la qualité de ces emplois demeure en suspens. Seront-ils majoritairement des postes de techniciens et d"ouvriers, ou le Maroc saura-t-il se positionner sur des métiers d"ingénierie et de recherche avancée ?

Pour que cette ambition ferroviaire se transforme en réel levier de développement, le Maroc devra impérativement repenser son approche en misant sur le développement des compétences locales, la promotion de l"innovation et la création d"un écosystème industriel intégré. Sans ces éléments, il risque de rester un simple exécutant dans la chaîne de valeur mondiale, privant ainsi les jeunes générations de perspectives d"épanouissement professionnel et de contribution à l"économie du savoir.