L’Espagne met fin à la Golden Visa, un coup dur pour les investisseurs marocains
À partir du 3 avril 2025, l’Espagne mettra un terme à son programme de résidence par investissement immobilier. Une décision qui bouleverse les plans de nombreux investisseurs marocains, longtemps séduits par cette opportunité unique d’accès à l’Europe.
Le gouvernement espagnol vient d’acter la suppression définitive de son "Golden Visa", un dispositif mis en place en 2013 permettant aux étrangers d’obtenir un titre de séjour en échange d’un investissement immobilier d’au moins 500 000 euros. Cette politique, qui avait largement profité aux Marocains désireux de diversifier leur patrimoine tout en bénéficiant d’une porte d’entrée privilégiée vers l’espace Schengen, appartient désormais au passé. Avec cette réforme, les candidats à la résidence en Espagne devront se conformer à des critères nettement plus stricts. Désormais, seules les personnes capables d’investir un million d’euros dans des entreprises espagnoles ou deux millions dans des obligations d’État pourront espérer obtenir le précieux sésame. Un changement de cap qui exclut de facto une partie des investisseurs qui misaient sur l’immobilier comme levier d’intégration.
Pour les Marocains, cette suppression représente un véritable bouleversement. L’investissement immobilier constituait une solution à la fois accessible et rentable, garantissant un retour sur capital tout en offrant une liberté de circulation au sein de l’Union européenne. À fin 2022, les investissements marocains en Espagne atteignaient 152 millions d’euros, principalement concentrés dans l’immobilier, les services financiers et le commerce. Le Maroc, cinquième investisseur africain en Espagne avec 6 % du total, reste loin derrière l’Afrique du Sud (48 %) et l’Algérie (15 %), mais ce changement risque d’affaiblir encore plus sa présence sur le marché ibérique. Certains investisseurs marocains pourraient se tourner vers d’autres destinations plus souples, comme le Portugal ou la Grèce, qui maintiennent encore des dispositifs similaires, bien que soumis à des restrictions croissantes. Toutefois, ces alternatives ne présentent pas les mêmes avantages que l’Espagne, notamment en termes de stabilité économique et d’attractivité du marché immobilier.
Cette réforme pourrait cependant ouvrir une nouvelle opportunité pour le Maroc lui-même. Avec la fermeture de cette porte vers l’Espagne, Rabat a une carte à jouer pour attirer ces investisseurs vers des projets locaux à forte valeur ajoutée. Une politique incitative avec des avantages fiscaux, des procédures administratives allégées et le développement de zones d’investissement stratégiques pourrait rediriger ces capitaux vers des secteurs clés tels que les infrastructures, les énergies renouvelables ou le tourisme haut de gamme. Une telle stratégie permettrait non seulement de compenser le manque à gagner pour les investisseurs marocains, mais aussi de renforcer l’économie nationale en retenant ces flux financiers qui prenaient auparavant le chemin de la péninsule ibérique.
Si l’Espagne ferme ses portes aux investisseurs immobiliers, elle ne tourne pas complètement le dos à ceux qui souhaitent s’installer sur son territoire. Outre les investissements financiers et entrepreneuriaux, d’autres alternatives existent. Le visa pour les nomades numériques, par exemple, permet aux travailleurs indépendants ou salariés d’entreprises étrangères de s’installer légalement en Espagne à condition de justifier d’un revenu stable et d’une épargne minimale de 25 000 euros. Par ailleurs, certains secteurs comme la recherche et développement, les startups technologiques ou encore les productions audiovisuelles bénéficient de mesures attractives pour inciter les étrangers à y injecter du capital. Ces options restent cependant bien plus complexes et moins accessibles que l’ancien "Golden Visa".
La suppression de ce programme marque un tournant dans la stratégie migratoire et économique de l’Espagne, qui cherche à limiter la spéculation immobilière et à recentrer son attractivité sur des investissements productifs. Cette décision, qui prendra effet dès le 3 avril 2025, laisse une courte fenêtre aux investisseurs souhaitant encore en profiter avant son abolition définitive. Pour les Marocains, cette réforme signifie un changement d’approche dans leur stratégie d’expansion patrimoniale en Europe, avec des choix plus complexes et des perspectives d’avenir à redéfinir.

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