Le match le plus attendu du championnat marocain pourrait se dérouler sans l’ambiance bouillonnante de ses supporters. Une première dans l’histoire du football casablancais.

Le football marocain est à un tournant inattendu. Alors que le tant attendu choc entre le Raja et le Wydad s’annonce comme l’un des moments phares de la saison 2024-2025, une onde de choc secoue déjà Casablanca. Le derby, programmé pour le samedi 12 avril à 20h00 (heure marocaine), pourrait bien se jouer dans un silence assourdissant, sans la ferveur habituelle des gradins.

La Ligue nationale de football professionnel, en coordination avec les autorités locales, a enfin fixé la date officielle de la rencontre de la 26e journée de la Botola Pro. Ce match devait également marquer la réouverture très attendue du complexe Mohammed V, fraîchement rénové et mis aux normes internationales. Mais cette bonne nouvelle a rapidement été éclipsée par un mouvement inédit : les groupes de supporters des deux clubs rivaux appellent au boycott.

Ce mouvement de protestation, qui prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux, n’est pas un simple coup de colère passager. Il reflète un profond sentiment d’exaspération. Les Ultras du Raja comme ceux du Wydad reprochent aux autorités sportives et locales une gestion jugée chaotique des travaux du stade, dont la fermeture prolongée aurait contribué à fragiliser les performances de leurs clubs sur les terrains nationaux et continentaux. Pire encore, les deux géants de Casablanca sortent d’une saison morose, sans titre ni gloire, ce qui a ravivé la frustration des fidèles.

D’après les informations relayées par Al-Mountakhab, une réunion tenue récemment entre représentants des principaux groupes de supporters aurait scellé cette décision symbolique : ne pas assister à la rencontre. L’objectif ? Faire entendre leur mécontentement et marquer leur désaccord avec la manière dont le football est actuellement piloté dans la ville. Ce boycott, s’il est maintenu, constituerait un fait sans précédent dans l’histoire du derby casablancais.

La perspective d’un stade vide pour l’une des affiches les plus populaires d’Afrique du Nord interroge. Ce rendez-vous, qui d’ordinaire attire des dizaines de milliers de fans et capte l’attention des médias internationaux, risque cette fois de se transformer en un spectacle étrange, voire surréaliste. Sans chants, sans tifos, sans l’intensité des tribunes, quel impact cela aura-t-il sur les joueurs et sur l’image du football marocain à l’étranger ?

Ce boycott soulève aussi une autre question cruciale : jusqu’où les supporters peuvent-ils aller pour faire pression sur les instances ? Ce coup d’éclat pourrait bien inspirer d’autres mouvements similaires à travers le continent, à l’heure où de nombreux fans réclament plus de transparence et de considération dans la gestion des clubs et des infrastructures sportives.

À l’heure actuelle, ni la Fédération marocaine ni les directions des deux clubs n’ont officiellement réagi à cette fronde. Mais à mesure que le jour du match approche, l’enjeu dépasse largement le simple cadre sportif. Il devient une tribune d’expression pour des milliers de passionnés, qui refusent de rester silencieux face à ce qu’ils considèrent comme un désintérêt profond pour leurs attentes.

Reste à voir si les appels au dialogue l’emporteront sur l’indignation. En attendant, Casablanca retient son souffle.