Le stade était prêt, les équipes alignées, mais le cœur du spectacle, lui, manquait à l’appel. Casablanca a vécu un derby sans saveur, où le silence a remplacé les chants, et où le partage des points n’a fait vibrer personne.

Casablanca attendait ce moment depuis des mois : la réouverture du complexe Mohammed V, rénové, modernisé, enfin prêt à accueillir le choc des titans de la Botola. Mais au lieu d’un retour triomphal du plus grand derby du pays, les 90 minutes de jeu ont accouché d’un nul (1-1) sans éclat, disputé dans un décor étrange, presque fantomatique.

Sur la pelouse, les intentions étaient là. Le Wydad a rapidement imposé le tempo et a été récompensé par un penalty transformé avec maîtrise par Mohamed Rayhi. Mais l"avantage fut de courte durée : le Raja a égalisé moins de dix minutes plus tard, grâce à un centre fuyant repris avec sang-froid par Houcine Rahimi. Le reste du match s’est joué entre prudence défensive, maladresses offensives et absence d’adrénaline.

Le plus marquant, pourtant, ne s’est pas produit balle au pied. Les tribunes, d’habitude en fusion, sont restées vides. Les deux kops ont choisi de ne pas assister au match, protestant contre une série de frustrations accumulées : travaux interminables du stade, instabilité chronique au sein des clubs, décisions fédérales contestées, et un sentiment général de déconnexion entre dirigeants et supporters. Résultat : un match historique disputé dans un silence glacial, loin de la ferveur qui fait la légende de cette affiche.

Sur le plan comptable, ce match nul permet au WAC de rester en embuscade à la 3e place avec 44 points, sans pour autant réellement se rapprocher de ses objectifs continentaux. Le RCA, lui, rejoint le milieu de tableau, avec un total de 38 unités, insuffisant pour rassurer ses fans en quête de stabilité.

Dans ce contexte, l’ASFAR semble tirer son épingle du jeu. Plus constant, mieux structuré, le club militaire pourrait bien sécuriser la deuxième place et une qualification pour la prochaine Ligue des champions africaine.

Ce derby aurait pu être une fête, un symbole du renouveau. Il s’est transformé en miroir des tensions actuelles qui traversent le football marocain. Et tant que la fracture avec les supporters ne sera pas comblée, même les plus beaux matchs perdront de leur âme.