L’entreprise californienne de VTC fait un pas inattendu vers une potentielle réimplantation au Maroc, sept ans après son retrait, en lançant un appel à candidature pour un poste-clé à Marrakech.

Après plusieurs années d"absence, Uber semble vouloir retenter l’aventure marocaine. En 2018, l’entreprise américaine avait interrompu ses activités au Maroc, invoquant l’absence de cadre légal adapté aux plateformes de voitures de transport avec chauffeur (VTC) et des tensions répétées avec les chauffeurs de taxi traditionnels. Mais une récente annonce de recrutement pourrait bien changer la donne.

En publiant une offre d’emploi pour un poste de direction basé à Marrakech, Uber laisse entrevoir une volonté claire de reprendre pied dans le paysage de la mobilité urbaine du royaume. Cette initiative soulève une multitude d’interrogations, tant sur les intentions de l’entreprise que sur la réponse des autorités et des acteurs du secteur.

Le choix de Marrakech comme point d’ancrage pour une éventuelle relance n’est pas anodin. Capitale touristique du pays, la ville a déjà accueilli Uber en 2016 lors de la COP22, où la firme avait mis en place un service temporaire de trajets écologiques à destination des participants. Aujourd’hui, le contexte semble différent : l’objectif affiché est la création d’une structure durable axée sur l’engagement des conducteurs et la fidélisation des utilisateurs.

Selon les détails de l’annonce, le futur responsable devra mettre en œuvre des stratégies d’acquisition et de rétention, aussi bien pour les chauffeurs que pour les passagers. Ce retour potentiel reflète un modèle économique éprouvé à l’international, mais qui, au Maroc, pourrait à nouveau raviver de vives oppositions.

En effet, le marché marocain du transport urbain est dominé par les taxis, qui bénéficient historiquement d’un monopole dans les villes et leurs périphéries. Ces professionnels voient d’un mauvais œil l’arrivée de concurrents numériques proposant des tarifs plus attractifs et des services souvent jugés plus efficaces. Pour eux, il ne s’agit pas seulement de compétition économique, mais de survie sociale, dans un pays où des milliers de foyers dépendent de cette activité.

L’économiste Hicham Alaoui rappelle que le débat dépasse la seule question technologique : « Le secteur doit évoluer, mais sans sacrifier ceux qui en dépendent. Il s’agit de trouver un équilibre entre innovation et cohésion sociale. » Un équilibre difficile à atteindre, tant les intérêts divergent.

Dans ce contexte, Uber doit encore faire face à un obstacle majeur : l’absence de régulation claire pour les services de VTC. À ce jour, aucune loi n’encadre spécifiquement ce type de prestation au Maroc, ce qui laisse place à une zone grise juridique. Cela avait précipité le départ du géant américain en 2018, et pourrait une fois encore freiner ses ambitions.

Mais Uber arrive cette fois avec des arguments solides. En 2024, la société a enregistré un bénéfice net de 1,9 milliard de dollars, pour un chiffre d"affaires dépassant les 37 milliards. Ces résultats rassurants pourraient encourager l"entreprise à multiplier les tentatives de conquête de marchés émergents, en particulier ceux à fort potentiel touristique, comme le Maroc.

Reste à savoir si les autorités marocaines seront prêtes à rouvrir la porte à Uber. Le contexte économique actuel, marqué par des défis en matière d"emploi, pourrait jouer en faveur de la plateforme, à condition qu’elle propose un modèle inclusif et régulé. À défaut, le scénario de 2018 pourrait bien se répéter.

Pour l’heure, rien n’est officiel, mais le signal envoyé depuis Marrakech ne laisse guère de place au doute. Uber prépare, pas à pas, son retour sur le marché marocain. Le reste dépendra d’un savant dosage entre stratégie commerciale, acceptation sociale et volonté politique.