Alors que la situation humanitaire à Gaza continue de se dégrader, l’Union européenne envisage un réexamen de son accord d’association avec Israël. Une initiative diplomatique sans précédent portée par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas.
L’UE hausse le ton face à Israël dans un contexte de crise humanitaire à Gaza
L’Union européenne a annoncé, mardi 20 mai 2025, l’ouverture d’un processus de réexamen de son accord d’association avec Israël. Cette décision intervient alors que les tensions à Gaza atteignent un seuil critique, poussant plusieurs États membres à réclamer des mesures concrètes à l’encontre de Tel-Aviv. En ligne de mire : l’article 2 de l’accord, qui fonde la coopération sur le respect des droits humains.
Une pression diplomatique inédite face à l’offensive israélienne à Gaza
Réunie lors du Conseil des affaires étrangères à Bruxelles, la majorité des ministres européens ont exprimé leur soutien à une révision de l’accord stratégique UE-Israël, signé en 1995 et en vigueur depuis 2000. Ce texte constitue la base juridique de la coopération politique, économique, scientifique et sécuritaire entre les deux partenaires.
“Il existe une forte majorité en faveur du réexamen de l’article 2 de notre accord d’association avec Israël. Nous allons donc nous lancer dans cet exercice”, a affirmé Kaja Kallas, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, dans une déclaration à l’AFP.
Cet article fondamental stipule que les relations bilatérales reposent sur le respect des droits humains et des principes démocratiques. Or, la poursuite de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza et le maintien du blocus humanitaire suscitent de vives critiques au sein de l’Union.
Gaza sous blocus : une situation humanitaire “catastrophique”
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023, qui a coûté la vie à environ 1 200 Israéliens et entraîné la prise de 250 otages par le Hamas, l’armée israélienne mène une opération militaire d’envergure dans la bande de Gaza. D’après France 24, Israël a fermé l’accès à l’aide humanitaire pendant plusieurs semaines avant de permettre, lundi 19 et mardi 20 mai, l’entrée de 102 camions de l’ONU. Un chiffre jugé insuffisant au regard de l’urgence humanitaire sur place.
“Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que le gouvernement israélien poursuit ces actions scandaleuses”, ont dénoncé Paris, Londres et Ottawa dans un communiqué commun relayé par La Dépêche.
La communauté internationale s’alarme de plus en plus face aux conditions de vie des civils gazaouis. Selon plusieurs ONG, la population manque de vivres, de médicaments et d’abris sûrs.
Le réexamen de l’accord d’association : un levier politique majeur
L’accord d’association entre l’UE et Israël constitue un pilier des relations bilatérales, avec des échanges de biens évalués à 42,6 milliards d’euros en 2024, selon la Commission européenne. Y remettre en question la validité pourrait avoir d’importantes répercussions, notamment sur les plans économique et diplomatique.
Soutenue de longue date par l’Espagne et l’Irlande, l’idée d’une révision est désormais portée par 17 États membres. Les Pays-Bas avaient déjà officiellement demandé une telle procédure à la Commission européenne une semaine plus tôt. En France, le président Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, se sont également dits favorables à une démarche de clarification.
“J"appelle la Commission européenne à instruire cette demande et à vérifier si Israël respecte ses obligations vis-à-vis des droits de l’homme”, a déclaré ce dernier.
Des divisions persistantes au sein de l’UE
Si une majorité des États membres soutiennent cette initiative, certains pays comme l’Allemagne et la Hongrie restent fermement alignés avec Israël, rendant improbable à ce stade une suspension totale de l’accord. En réaction aux prises de position européennes, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, a vivement critiqué la position de Bruxelles.
“Nous rejetons totalement l’orientation de la cheffe de la diplomatie européenne, qui reflète une incompréhension totale de la réalité complexe à laquelle Israël est confronté”, a-t-il déclaré dans un communiqué cité par Le Monde.
Une diplomatie européenne à un tournant
Le réexamen de l’accord d’association UE-Israël s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où les valeurs démocratiques et les intérêts stratégiques se heurtent. L’issue de cette démarche pourrait redéfinir la posture diplomatique de l’Union européenne au Proche-Orient et influencer durablement ses futures relations avec Israël.

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