Soukaina Glamour, influenceuse marocaine très suivie sur les réseaux sociaux, a été condamnée à 10 mois de prison ferme et à une amende de 500 dirhams, avec trois ans d’interdiction d’utiliser et d’apparaître sur les réseaux sociaux. Une décision qui relance une question essentielle : jusqu’où peut-on aller lorsqu’on filme, diffuse des lives et transforme son audience en source de revenus ?
À l’heure où un simple smartphone peut devenir un véritable outil de travail, les réseaux sociaux offrent à de nombreux créateurs de contenu la possibilité de vivre de leurs vidéos, de leur image et de leur communauté. Mais derrière les millions de vues, les partenariats et les revenus publicitaires, une réalité demeure : Internet n’est pas un espace sans loi.
Soukaina Glamour, une nouvelle condamnation qui fait réfléchir
Selon les informations rapportées par Le360, Soukaina Janah, connue sous le pseudonyme de « Soukaina Glamour », a été condamnée lundi 17 août 2026 par le tribunal de première instance de Marrakech à 10 mois de prison ferme, assortis d’une amende de 500 dirhams.
La juridiction a également prononcé une interdiction d’utiliser et d’apparaître sur les réseaux sociaux pendant trois ans.
Cette décision fait suite à la diffusion de plusieurs séquences vidéo que les autorités judiciaires ont considérées comme contraires à la pudeur publique et aux bonnes mœurs. L’influenceuse avait été interpellée le 12 août dernier à l’aéroport Mohammed V de Casablanca alors qu’elle s’apprêtait à quitter le territoire.
Cette affaire n’est pas la première rencontre de Soukaina Glamour avec la justice. Elle avait déjà été condamnée en 2020 dans le cadre de l’affaire dite « Hamza mon bb ».
Faire du buzz ne signifie pas être au-dessus de la loi
L’affaire dépasse toutefois le seul cas de Soukaina Glamour.
Elle pose une question beaucoup plus large à une génération de créateurs qui vivent, ou cherchent à vivre, des réseaux sociaux : peut-on tout filmer, tout publier et tout dire au nom du contenu, du buzz ou de la liberté d’expression ?
La réponse est non.
Un live peut sembler spontané. Une vidéo peut être réalisée en quelques minutes. Une publication peut disparaître en quelques secondes. Mais les conséquences juridiques, elles, peuvent être beaucoup plus durables.
Filmer une personne, diffuser son image, exposer sa vie privée, porter atteinte à sa réputation ou publier certains contenus peut engager la responsabilité de celui qui les diffuse.
Le nombre de vues ne change rien à cette réalité.
Des millions de vues, mais aussi des responsabilités
Aujourd’hui, être influenceur ne consiste plus seulement à publier quelques vidéos pour se divertir.
Pour certains, il s’agit d’une véritable activité professionnelle : publicité, placements de produits, partenariats, abonnements, cadeaux virtuels, affiliation ou revenus générés par les plateformes peuvent représenter des sommes importantes.
Et lorsqu’une activité rapporte de l’argent, les questions fiscales deviennent incontournables.
Les créateurs de contenu doivent donc également s’intéresser à leurs obligations fiscales, à la déclaration de leurs revenus et au paiement des impôts lorsqu’ils sont concernés par la réglementation applicable.
Autrement dit, si les réseaux sociaux permettent de gonfler les revenus, ils ne font pas disparaître les devoirs qui accompagnent ces revenus.
On ne peut pas réclamer les bénéfices d’une activité professionnelle tout en oubliant les responsabilités qui vont avec.
Un téléphone n’est pas un permis de tout faire
L’autre piège réside dans la facilité avec laquelle un contenu peut être produit.
Un influenceur sort son téléphone, lance un live et des milliers de personnes peuvent assister instantanément à ce qui se passe devant son objectif.
Mais avant d’appuyer sur « diffuser », certaines questions devraient devenir des réflexes :
Ai-je le droit de filmer cette personne ?
Puis-je publier son image ?
Est-ce que ce contenu porte atteinte à sa vie privée ou à sa réputation ?
Ai-je le droit d’utiliser cette musique, cette vidéo ou cette photographie ?
Est-ce que ce que je m’apprête à diffuser peut avoir des conséquences pénales ?
Ces questions peuvent paraître évidentes. Pourtant, dans la course au buzz, elles sont parfois reléguées au second plan.
La course au buzz ne doit pas devenir une course vers les ennuis judiciaires
Le fonctionnement des réseaux sociaux encourage souvent la surenchère.
Plus une vidéo choque, provoque ou fait réagir, plus elle peut être partagée. Plus elle est partagée, plus elle attire une audience. Et plus l’audience est importante, plus elle peut devenir rentable.
C’est précisément là que se trouve le danger.
La recherche du buzz ne doit jamais faire oublier les limites imposées par la loi.
Ce qui paraît amusant devant une caméra peut être beaucoup moins anodin pour la personne filmée. Ce qui semble être une simple provocation peut prendre une autre dimension lorsqu’une plainte est déposée. Et ce qui rapporte de l’argent peut également créer des obligations fiscales.
Le droit à l’image, la vie privée et les contenus diffusés
Les créateurs doivent également prendre au sérieux le droit à l’image et la protection de la vie privée.
Le fait qu’une personne se trouve dans un lieu public ne signifie pas automatiquement que tout peut être filmé et diffusé sans aucune limite. Le contexte, la manière dont l’image est utilisée et la réglementation applicable sont autant d’éléments à prendre en considération.
Il en va de même pour les accusations, les rumeurs ou les informations concernant d’autres personnes.
Une audience importante donne une puissance considérable à celui qui parle. Mais cette puissance implique également une responsabilité.
Les réseaux sociaux ont changé, les responsabilités aussi
Il faut finalement sortir d’une idée devenue dangereuse : celle selon laquelle les réseaux sociaux seraient un monde parallèle dans lequel les règles classiques ne s’appliquent pas.
Ce n’est plus le cas.
Les plateformes sont devenues des espaces économiques, médiatiques et parfois judiciaires à part entière. Les créateurs de contenu y exercent une influence réelle et peuvent générer des revenus considérables.
Ils doivent donc apprendre à maîtriser non seulement les codes du numérique, mais également les règles qui encadrent leur activité.
Connaître ses droits est important. Connaître ses limites l’est tout autant.
Avant de lancer un live, mieux vaut réfléchir quelques secondes
L’affaire Soukaina Glamour rappelle finalement une chose simple : derrière chaque publication, il y a une personne responsable de ce qu’elle diffuse.
Faire des vidéos, réaliser des lives, construire une communauté et gagner de l’argent grâce aux réseaux sociaux sont des possibilités réelles et légitimes. Mais elles doivent s’accompagner d’une véritable culture juridique et fiscale.
Payer ses impôts, respecter le droit à l’image, protéger la vie privée, vérifier ses sources, respecter les droits d’auteur et connaître les limites imposées par la loi ne sont pas des détails. Ce sont les contreparties d’une activité qui a désormais une véritable place dans l’économie numérique.
Car au bout du compte, les réseaux sociaux peuvent remplir les poches, mais ils ne remplissent pas le vide laissé par l’ignorance de la loi.
L’affaire Soukaina Glamour doit donc être regardée avec prudence et sans tirer de conclusions générales à partir d’un seul dossier. Mais elle constitue, à tout le moins, un rappel puissant : avant de chercher le million de vues, il vaut mieux connaître les quelques lignes de loi qui peuvent changer une vie.
Cet article est un contenu d’information générale et ne constitue pas un avis juridique. L’application de la loi dépend des faits précis de chaque affaire et de la législation en vigueur.

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