L’Espagne prépare le transfert vers la péninsule de 500 mineures migrantes arrivées à Ceuta lors de l’afflux massif des 30 et 31 juillet. Le gouvernement de Pedro Sánchez cherche une solution d’accueil urgente pour ces jeunes filles, alors que plusieurs communautés autonomes refusent de prendre en charge de nouveaux mineurs non accompagnés et que l’Union européenne soutient parallèlement le principe de leur retour vers le Maroc.

Selon le ministère espagnol de la Jeunesse et de l’Enfance, plusieurs dispositifs sont envisagés pour organiser ce transfert. Un décret-loi pourrait notamment imposer une répartition entre les différentes communautés autonomes, tandis que des solutions d’accueil familial ou la prise en charge par des organisations spécialisées pourraient également être mobilisées.

L’objectif affiché par Madrid est de répondre rapidement à la situation particulière de ces mineures, dont certaines sont considérées comme particulièrement vulnérables. Des structures spécialisées sur la péninsule pourraient ainsi assurer leur accompagnement sans nécessairement transférer leur tutelle aux communautés autonomes.

Une situation devenue particulièrement sensible à Ceuta

La décision intervient dans un contexte de forte tension dans l’enclave espagnole. Depuis l’afflux de fin juillet, les autorités ont identifié 2 168 mineurs, selon les chiffres communiqués par la Police nationale.

Le gouvernement central reproche à plusieurs régions leur refus de participer à l’effort d’accueil. La question est devenue un sujet politique sensible alors que les capacités de prise en charge de Ceuta sont fortement sollicitées.

La ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, a défendu la nécessité de placer au premier plan « l’intérêt supérieur du mineur ». Elle a également souligné la vulnérabilité particulière des jeunes filles concernées, actuellement regroupées dans des espaces sécurisés à Ceuta.

Cette mesure intervient alors que plusieurs cas présumés de violences sexuelles sur des mineures font l’objet d’investigations judiciaires. Le gouvernement espagnol a par ailleurs débloqué 25 millions d’euros pour Ceuta afin de faire face aux conséquences de cet afflux.

Madrid et Bruxelles ne privilégient pas la même réponse

La situation prend une dimension particulière en raison de la position affichée par l’Union européenne. Bruxelles soutient le principe d’un retour vers le Maroc des personnes présentes irrégulièrement à Ceuta, y compris les mineurs non accompagnés, dans le cadre prévu par le droit européen.

La Commission européenne estime que les autorités espagnoles et marocaines doivent conserver la maîtrise de la situation et organiser les retours dans les meilleurs délais. Elle invoque notamment les dispositions de la directive européenne sur les retours, ainsi que le futur règlement appelé à compléter ce cadre.

Le gouvernement marocain a lui-même demandé la semaine dernière à l’Espagne de permettre le retour des ressortissants marocains demeurés dans l’enclave.

Le choix espagnol de préparer le transfert des 500 jeunes filles vers la péninsule ne signifie donc pas nécessairement une rupture avec le cadre européen sur les retours. Il traduit surtout la volonté de Madrid de traiter immédiatement le cas de mineures isolées, en privilégiant leur protection et leur prise en charge sur le territoire espagnol.

La question reste néanmoins ouverte : entre la pression exercée sur Ceuta, les refus de plusieurs régions espagnoles, les demandes marocaines et la position de Bruxelles, le gouvernement de Pedro Sánchez doit désormais trouver un équilibre délicat entre obligations juridiques, impératif de protection de l’enfance et gestion de la pression migratoire.